CHUNLAN, FLORIMOND

Chunlan : on connaît bien, hélas, le prénom de cette habitante du 41 boulevard de La Villette qui s’est jetée par la fenêtre à l’arrivée de la police. Personne n’a pu nier que Chunlan avait eu très peur. Personne ne peut nier non plus que les sans-papiers vivent dans la crainte d’un contrôle et d’une « reconduite à la frontière » , les ramenant de force dans des lieux qu’ils ont fui pour toutes sortes de raisons – mais jamais par caprice. Cette mort intervient après que le ministre de la rafle et du drapeau ait ordonné à ses préfets de faire plus de chiffre. Dans la réalité, le chiffre, c’est de la peur, de l’effroi même comme on l’a vu ici. Ces chiffres, pour nous, ce sont des êtres humains.

Florimond Guimard est membre de notre Réseau : ce professeur des écoles a suivi une voiture de police qui transportait un père de deux enfants scolarisés à l’aéroport de Marignane près de Marseille. Il n’a pas été seul à s’opposer à cette expulsion (avec succès car le père a été libéré), mais il a été inculpé de « violence en réunion avec arme », l’arme étant la voiture… Il sera jugé le 22 octobre et risque 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende. Il y a bien sûr de la part de l’Etat la volonté de mettre un frein au mouvement de solidarité existant, qui le gêne pour ses fameux chiffres.

Le cas de Chunlan n’est pas unique, d’autres personnes ont essayé d’échapper à la chasse aux sans-papiers au péril de leur vie, à Amiens, Toulouse, Grenoble. En dehors de Florimond, d’autres militants de la solidarité ont été inculpés, parce qu’ils protestaient contre la brutalité et l’injustice d’une expulsion. Dans tous les cas, l’Etat renverse les rôles : les coupables, pour lui, ce sont ceux qui vivent ou survivent en provenance d’autres pays – et qui ne causent pas le moindre tort à qui que ce soit – et ceux qui ont un réflexe solidaire. Le citoyen idéal selon nos gouvernants serait-il le dénonciateur ?

Ceux qui jouent sur la méfiance des étrangers et qui font vivre les sans-papiers dans la terreur, ceux qui veulent faire peur aussi aux militants de la solidarité ont un objectif, que l’on retrouve dans plus d’un parti et dans plus d’un pays : créer un bouc émissaire, diviser la population selon des catégories « ethniques » (vérifiables par analyse d’ADN ?). Ce n’est pas seulement bête, c’est laid. Contre cette laideur, contre cette bêtise, nous continuerons à défendre les sans-papiers de nos écoles et de nos quartiers, et nos amis qui résistent.



Prochain rassemblement le mardi 13 novembre