A plusieurs reprises, le président et le ministre ont indiqué que l’expulsion des étrangers en situation irrégulière est une priorité de l’action gouvernementale. Les forces de l’ordre sont actuellement mobilisées sur cette question comme jamais elles ne l’ont été.

Il y a tout juste 6 mois (le 11 juin 2007), Michel Gaudin prenait ses fonctions de Préfet de Police de Paris. Depuis nous déplorons, chaque mois, dix fois plus de parents placés dans les prisons pour étrangers que sont les centres de rétention que pendant les mois précédents. Certains enfants ont déjà vécu deux et même trois fois le déchirement que représente la mise en rétention d’un de leurs parents. Ces enfants, pour la plupart nés en France, ne doivent pas, ne peuvent pas continuer à vivre dans la peur de la disparition de leurs parents. Ces enfants, les copains de nos enfants sont en danger, et cela pour une seule raison : le préfet de police doit atteindre son objectif chiffré, ses 3680 expulsions à Paris pour l’année 2007.

Grâce à la détermination du Réseau Education Sans Frontières, à l’énergie déployée par chacun dans son quartier, dans son école, ces parents ont presque tous été libérés et ont pu retrouver leurs enfants, mais leur situation est extrêmement précaire : ils ont, pour la plupart, un arrêté de reconduite à la frontière confirmé par le tribunal administratif et peuvent être expulsés en 48h sans aucun recours possible.

L’étau se resserre : on chasse les étrangers et en même temps, on fabrique des lois qui ne leur donnent aucune chance de régulariser leur situation.

Les sans papiers que nous soutenons ont déposé des dossiers très complets en préfecture, les services de police connaissent leurs adresses, les écoles de leurs enfants, ce ne sont donc pas des clandestins, mais ils risquent de le devenir : par peur d’une arrestation, certains ont arrêté de travailler pour échapper aux rafles sur leur lieu de travail, certains hésitent à amener leurs enfants à l’école, car chaque trajet est devenu dangereux.

Nous sommes de plus en plus nombreux à refuser d’être les complices passifs ou témoins impuissants, d’une politique inhumaine qui frappe nos voisins, nos amis, nos élèves, les copains de nos enfants. Faisons-le savoir, faisons savoir cette inhumanité : autant ils sont fiers de proclamer leurs objectifs chiffrés, autant ils sont gênés quand les gens se rendent compte qu’il s’agit de vies brisées. Il n’y avait qu’à voir l’air gêné d’un Hortefeux ou l’allure subitement très conciliante d’un Mariani devant les questions des journalistes, à la suite de reportages où l’on voyait des… êtres humains, et non ces figures « monstrueuses » de leur propagande. C’est parce que, sur le terrain, dans nos quartiers, nous avons su montrer ce que voulait dire en réalité la politique du chiffre.

Pour cette raison nous sommes présents chaque mois à Belleville
Pour cette raison nous sommes vigilants chaque jour dans les écoles,
afin d’opposer à la politique du chiffre, la politique de l’être humain.