Vendredi 11 janvier 2008 Vincennes

Les détenus commencent par nous raconter, le passage des journalistes d’Envoyé spécial dans le centre de rétention de Vincennes. Les détenus voulaient leur dire la manière dont ils ont été arrêtés, les conditions dans lesquelles ils sont détenus et dénoncer la politique du chiffre dont ils sont victimes. Mais les « envoyés spéciaux » de TF1 ne semblaient pas s’intéresser à ce qu’ils disaient. Ils auraient dit aux détenus qu’ils ne sont pas là pour cela. Le commandant leur a fait visiter le centre, ils ont pris des images et sont partis.

Ils continuent de se réunir. Ils dénoncent la manière dont la police leur attribue arbitrairement une nationalité, comment les détenus sub-sahariens sans passeport sont présentés aux ambassades de Guinée, du Mali ou du Sénégal qui délivrent des laissez-passer sans preuve de leur nationalité.Ils dénoncent les arrestations abusives devant les ambassades.

Quand nous leur avons posé la question des soins, les détenus nous ont répondu que les médecins donnaient toujours le même cachet d’aspirine qu’il s’agisse d’un mal de ventre ou d’une irritation.

À l’intérieur du centre, les fouilles répétées continuent. Avant-hier, on leur a servi de la nourriture périmée depuis le 25 décembre 2007.

Dimanche 13 janvier 2008 Vincennes

Les détenus nous racontent que la veille, deux personnes ont été transférées au CRA de Vincennes. Toutes les deux victimes d’un malaise, les pompiers sont intervenus et les ont emmenés. Lorsque les détenus ont demandé des nouvelles d’eux, le commandant n’a pas voulu leur répondre.

Un détenu témoigne de ce à quoi peut ressembler une journée au centre de rétention de Vincennes.

Tous les matins on nous fouille.
On descend au réfectoire vers 9 h. Il n’y a pas d’eau chaude pour le café.
Lorsqu’on le signale, les policiers nous répondent qu’ils ne sont pas là pour ça, qu’ils sont juste là pour nous surveiller.
Ils ne veulent pas s’occuper de ça.
Ce midi, on nous a servi des haricots blancs périmés depuis le 5 janvier.
Quand on l’a signalé, on nous a répondu qu’ils n’étaient pas là pour regarder les dates. Qu’ils ne voulaient rien savoir.
On l’a signalé à la CIMADE qui elle a écrit un texte pour en témoigner.
Pendant la journée on peut circuler mais on doit rester dans les chambres.
Quand on veut se reposer, les policiers veulent fouiller les chambres.
La nuit, ils sont dans le couloir.
Lorsque q’on doit se rendre aux toilettes, ils nous suivent et laissent la porte ouverte
Ils nous provoquent.
Ils nous dérangent la nuit en mettant l’alarme entre minuit 1 heures, pour qu’on ne dorme pas
Malgré tout, on doit se réunir pour communiquer
Il ne faut pas qu’on lâche.
Il faut que tout le monde soit d’accord pour relancer la lutte.

Dans nos discussions avec les détenus du centre de rétention de Vincennes, nous portons une attention particulière aux détails : deux par chambre, l’eau est froide, l’alarme sonne tous les soirs entre minuit et une heure, hier la nourriture était périmée, aujourd’hui, il n’y a pas de places dans le centre et deux personnes doivent dormir par terre, etc ... Notre volonté n’est pas de dénoncer les conditions de rétentions pour réclamer leurs améliorations. Il n’y a aucun aménagement possible de ces lieux sinon leur destruction. Les détails nous aident à comprendre la nature de ces lieux. Ils nous aident à comprendre que la volonté de l’administration va au-delà de la stricte application de la loi, que le système relatif aux étrangers a pour but de casser, d’humilier, de fragiliser moralement et physiquement des hommes et des femmes.

Mardi 15 janvier 2008 Vincennes

Je suis fatigué
On n’a aucune communication à l’extérieur.
Rien ne sort de ce qu’il se passe ici.
Il n’y a pas d’eau chaude dans les douches.
Le ballon d’eau n’est pas suffisant pour tout le monde.
Si tu ne te laves pas ça ne va pas.
On ne peut pas laver nos affaires.
Il n’y a pas de chauffage dans certaines chambres.
Mais le commandant s’en fout.
On est 250 personnes dans le centre.
On est écœuré.

Les gens qui ne sont pas rentrés dans le centre ne savent pas ce qu’il s’y passe
La police emmène les médias là où ils ont fait des travaux pour montrer aux Français à la télé, à la radio que tout va bien, que l’on est calme, tranquille et qu’ils s’occupent bien de nous. Mais c’est l’inverse Notre mouvement a été sans conséquences.
On continue de discuter entre nous.
On fait des réunions entre les deux pavillons : une personne se rend au grillage pour raconter aux autres ce qu’il se passe dans l’autre pavillon et vice-versa.

Personne de la Cimade ne veut monter dans les chambres pour se rendre compte de la situation et de nos problèmes.
Les recours qu’ils font ne changent rien.
Parce que j’essaye d’organiser des choses, beaucoup de flics sont contre moi. Quand je parle avec les autres, ils interviennent et demandent de quoi je parle, qu’est ce que je trafique encore là.
Mercredi 16 janvier 2008 Vincennes

On a fait une réunion.
On s’est parlé pour relancer le mouvement.
Beaucoup de personnes n’ont pas le moral.
Certains sont venus nous voir pour demander des avocats.
Il ne faut pas baisser les bras.
Il y a 40 personnes pour qui les ambassades n’ont pas donné de laissez-passer. Elles ne les ont pas reconnus. Ils doivent quand même rester 32 jours dans le centre. On proteste contre cela. Si on n’a pas de réponse vendredi, on reprend le mouvement.

Hier, ils ont ramené deux gars.
Il n’y avait plus de place, plus chambre, plus de matelas.
Ils ont dû dormir par terre dans le couloir
Le centre est plein, mais ils continuent à ramener des gens
Ils envoient les nouveaux en disant : « Va voir tes collègues ! ils te trouveront une place ! »
Si on proteste ils disent : « On verra demain »

Je n’ai pas dormi.
Je suis souffrant.
J’ai été voir le médecin.
Il m’a donné un médicament pour dormir.

Quand un flic cherche un gars, il l’appelle par le haut-parleur au lieu de se déplacer. Tous les matins, le haut-parleur nous réveille. Ce matin, j’ai été réveillé à cinq heure.

Jeudi 17 janvier 2008 Vincennes

À minuit nous recevons un coup de téléphone d’une personne avec qui nous sommes en communication depuis le début des événements au centre de rétention de Vincennes.

La police est venue me voir pour me dire que demain matin à sept heure, ils m’emmenaient devant le juge.
Quel juge ?
Je suis là depuis 28 jours et je n’ai aucun juge à aller voir. Ils veulent m’expulser sans rien me dire. J’en suis sûr. Ils n’ont même pas mis mon nom sur le tableau des départs.

Vendredi 18 janvier 2008

À six heures, elle nous rappelle.
Je suis à Roissy. Ils sont venus me chercher à cinq heure ce matin. Ils m’ont menti sur la destination et sur l’heure.

Elle refusera d’embarquer. Elle sera placée en garde-à-vue. Elle passera en comparution immédiate le lendemain. Son avocat soulèvera une nullité. Son procès sera renvoyé. Elle sera finalement libérée sous contrôle judiciaire en attendant son prochain jugement. Elle risque 3 mois ferme et 3 ans d’interdiction de territoire.

Samedi 19 janvier Vincennes

Pendant la manifestation les détenus sont sortis dehors. Ils ont accroché des draps aux barbelés. Le soir même, la police est entrée dans les chambres pour fouiller et retourner les matelas.

mardi 22 janvier

Grève de la faim au Centre de Rétention de Palaiseau Depuis ce matin 22 janvier 2008, 20 sans-papiers (sur les 30 présents)retenus au CRA de Palaiseau sont en grève de la faim pour obtenir leur libération.

Vincennes

Pendant la grande manifestation de samedi, la police filmait ceux qui étaient sur la grille. J’ai sorti un drap que nous avons accroché à la grille. Les CRS sont rentrés à l’intérieur du centre. Ils ont fouillés les chambres, ensuite ils nous ont obligés à rentrer à l’intérieur.

Il y a un Tunisien qui refuse de manger. Le médecin lui a dit qu’il ne le soignerait tant qu’il refuse de manger.

On ne dort pas. On est constamment réveillé par le haut-parleur. Ils appellent pour le comptage, les visites, les expulsions, quand on passe devant le juge. Cela ne s’arrête jamais.

Il n’y a pas d’accès directe à la Cimade. Il faut passer deux portes contrôlées par la police.

mercredi 23 janvier

Nantes Des personnes en grève de la faim au centre de rétention de Nantes
Leur sort dépend aussi de notre solidarité !
Rassemblement mercredi 23 janvier à 17h30 devant le centre de rétention (Commissariat central place Waldeck Rousseau à Nantes)

Vincennes

Hier soir, à minuit, on a refusé d’être comptés et de rentrer dans les chambres. On a essayé de dormir dehors. Tout le monde criait L-I-B-E-R-T-É. On a essayé de parler avec le chef de la police, mais il a appelé les CRS. La police disait : « Dégagez ! on ne veut pas de vous ici ! » Un policier m’a dit : « Je suis chez moi ici ! » Ils nous ont dit : « Si vous ne rentrez pas, on vous fait rentrer de force » Ils nous ont obligés à rentrer dans les chambres en nous poussant avec les casques.

On discute ensemble. Mais c’est difficile. Ils nous contrôlent tout le temps avec les caméras. Ils nous contrôlent la nuit et le jour.

Il faut faire des manifestations à l’extérieure. Cela nous fait du bien. On sort. On crie. Si on manifeste une, deux, trois fois par semaine, ils vont comprendre.

Ce soir, des gars ont mis le feu à leur chambre en brûlant des papiers. Les pompiers sont intervenus pour éteindre le feu. La police n’a pris personne. Ils veulent peut-être brûler le centre.

Jeudi 24 janvier

Aujourd’hui, nous avons refusé de manger. Nous avons jeté la nourriture par terre dans le réfectoire.

La police filme ceux qui se révoltent. Ils les séparent et les mettent dans l’autre bâtiment. Aujourd’hui, ils ont pris deux personnes. Parmis eux, il y a un tunisien qui n’a pas mangé depuis plus de dix jours. Il a perdu 9 kg

Aujourd’hui ils ont expulsé un algérien, demain ils expulseront des chinois. Le soir, ils inscrivent sur un tableau le nom, la destination, l’horaire de départ et l’aéroport des gens qui vont être expulsé le lendemain. Il arrive que des gens soient expulsés sans que leur nom ne soient inscrits sur le tableau. C’est souvent le cas pour ceux qui foutent le bordel. Le matin, la gendarmerie vient les chercher et les emmène à l’aéroport.

Hier soir, ils ont fermés les cabines téléphoniques à minuit juste après l’agitation. Ils ne les ont ouvertes que ce matin.

Nous parvenons à joindre la personne en grève de la faim qui a été transférée dans la journée.

Hier, 4 policiers m’ont sauté dessus. Ils m’ont déchiré ma veste. Ils m’ont dit que je ne saurais pas soigné tant que je ne mangerai pas. Ils m’ont changé de bâtiment.

Ça fait 18 jours que je ne mange pas. J’ai perdu 10 kg. Je ne mange parce que la nourriture n’est pas hallal. De toute façon, je ne veux pas m’alimenter. Je ne bois que de l’eau et du café. Aujourd’hui, encore le médecin a refusé de me donner des médicaments si je ne mangeais pas. Je veux sortir du centre. Je veux être libre.

La Cimade a refusé de faire mon recours. Ils ont dit que les 24 h étaient passées alors que c’est faux.

vendredi 25 janvier Vincennes

18h30 Un détenu nous informe qu’ils ont brûlé une chambre, que les pompiers sont intervenus et que la majorité des détenus ont refusé de manger.

21h Un détenu nous raconte que Brard (député-maire de Montreuil) est venu dans le centre de rétention. Il a promis aux détenus de leur apporter des stylos et du papier pour décrire leurs situations. « Il nous a dit qu’il fallait respecter les policiers. Il nous a dit qu’ils n’étaient pas responsables et que les décisions venaient de plus haut. Les gens lui ont répondu qu’ils ne cherchaient pas améliorer leurs conditions de détention, ils veulent la liberté. »

Samedi 26 janvier Vincennes

Midi

Un premier feu a pris dans les toilettes. Ensuite, deux chambres ont brûlé.

On a refusé de manger. On a empêché l’accès au réfectoire en bloquant les portes. La police nous a demandé de laisser passer ceux qui voulaient manger. Ils ont fini par nous dégager. Mais seulement une minorité est allé manger.

Pendant le rassemblement (15h)

La police nous empêche l’accès à la passerelle depuis laquelle nous pouvons vous voir. Mais nous pouvons vous entendre.

18h

Une soixantaine de CRS sont entrés dans le centre. Ils ont fouillé toutes les chambres. Ils nous ont fouillé. Ils ont trouvé un briquet. Ils ont transféré deux personnes dans l’autre bâtiment.

dimanche 27 janvier Vincennes 15h

Aujourd’hui, dans le bâtiment deux, le feu a pris dans une chambre de quatre personnes. Les pompiers sont entrés pour éteindre le feu. Ils nous ont enfermé dans le réfectoire. 20 policiers sont venues chercher 4 personnes violement. Ils sont en garde-à-vue pour avoir mis le feu au centre.

mardi 29 janvier

Vincennes liste zpajol
un retenu tunisien s’est ouvert les veines, il a été transporté à l’Hôtel Dieu
4 retenus sont en isolement : motif , ils parlent trop avec les "agitateurs " de l’extérieur ! Celui qui est en isolement, s’était mis en colère car il attendait ma visite, lorsque les flics lui ont annoncé que ma visite était supprimée : Il s’est mis en colère, direction "l’isolement" , son portable supprimé, effectivement j’ai attendu 4h dehors pour le visiter et sans pouvoir rentrer. Il a été menotté , il a reçu une forte claque en prime. Comme il y a des caméras, ce retenu a dit qu’il allait porter plainte. Le commandant (seul interlocuteur avec les medias et députés) est venu le voir, en lui disant que tout cela n’était pas grave," qu’il fallait qu’il comprenne etc etc que lui "l’intello" devait etre protégé des agitateurs et retenus en révolte. Il ne peut plus rentrer en contact avec les autres retenus, pas de distributeur de café.
4 retenus passeraient en comparution immédiate, et seraient transférés en GAV. Considérés comme meneurs, et mise à feu des chambres.

Commissariat Waldeck à Nantes Un des grévistes de la faim a été libéré vendredi 25/1 ; un autre considéré comme un des meneurs a été envoyé sur Rennes ; un camarade turc, Mohammed Aslan continue courageusement la grève de la faim entamée le 20 janvier. Plus que jamais le soutien est nécessaire et contrairement à ce qui a été dit, les détenus nous entendent quand nous lançons des slogans au rythme des tôles ondulées du chantier. Ce lundi soir 28/1, nous étions une vingtaine présents seulement ; n’hésitez pas à nous rejoindre, de Nantes bien sûr mais aussi de St Nazaire ou d’Angers comme nous !
TouTEs à partir de 17h30, TOUS LES SOIRS, devant le CRA au commissariat Waldeck-Rousseau

Rennes Au CRA de St Jacques de la Lande une grève de la faim a débuté ; nos amis sans papiers ripostent avec les seules armes dont ils disposent.

30/01/08-05/02/08
Nous continuons de téléphoner au centre de rétention de Vincennes. Jour après jour, nous comprenons un peu mieux, la nature de ce lieu et de la résistance qui s’y joue - ces continuels refus qui prennent selon les jours, selon les semaines des intensités différentes. Ces appels nous donnent à penser comment nous pouvons agir dans cette situation spécifique. L’enjeu principal pour nous à l’extérieur est de durer. Jeudi alors que rien ne semblait se passer, un détenu nous a patiemment expliqué comment la vie du centre s’organisait autour de la carte. Carte que l’on n’a pas dehors mais que l’on vous donne à l’intérieur pour avoir accès à la bouffe, au médecin, à la Cimade. Mais, carte qui sert surtout à vous contrôler à chaque instant et finalement à vous compter à minuit. Le lendemain un autre détenu nous informait qu’une quinzaine de détenus déchiraient leurs cartes et les jetaient dans le couloir. Dimanche 3 février au Cra 2, des détenus se sont réunis pour écrire une lettre au commandant du centre. La police a voulu isoler la personne qu’il jugeait être à l’initiative de cette lettre. Les détenus s’y sont opposés. Deux détenus ont été mis en isolement, un autre a le doigt cassé.

Mercredi 30 janvier

Lundi, il y a eu trois tentatives de suicide. Mais ce n’était pas dans notre pavillon. On en a entendu parler mais c’est tout. Par contre mardi, il y a eu le soir une tentative de suicide dans notre pavillon. Il a essayé de se pendre avec sa ceinture.

Plein de nouveaux détenus sont arrivés, des Indiens, des Africains.

Jeudi 31 janvier

Aujourd’hui deux personnes ont été expulsées. Rien ne se passe, personne ne bouge. On mange, on dort. Chaque communauté est dans son coin, les gens discutent entre eux sans se mélanger.

Quand on passe devant le juge des libertés à Cité, un premier groupe part à 7 h du matin un deuxième à 10 h. Tu ne connais que la veille l’heure à laquelle tu pars pour le tribunal.

Quand tu rentres dans le centre, on te donne une carte avec un numéro, ta photo, ton nom, ton prénom et ta nationalité. Pour manger, tu dois te pointer au guichet et présenter ta carte pour qu’ils te donnent un ticket. Pour aller à la Cimade, tu te pointes au guichet et tu donnes ta carte. Ensuite, quand c’est ton tour de passer, ils t’appellent par le haut-parleur. S’il y a trop de monde, ils te donnent un rendez-vous plus tard. Quand tu as besoin de voir un médecin, tu te pointes au guichet avec ta carte. Ensuite, ils t’appellent par le haut-parleur quand c’est ton tour de passer. Le médecin est là le matin, l’infirmière le soir. Je suis allé voir l’infirmière une fois. Elle m’a donné des calmants et j’ai pris un rendez-vous avec le médecin pour le lendemain.

On t’appelle par le haut-parleur aussi pour passer devant le juge ou devant le consul de l’ambassade.

Aujourd’hui, deux personnes ont été expulsées, une a été libérée.

Lundi 4 février

Samedi pendant la manifestation, on a crié liberté, liberté.
Hier, une quinzaine de personnes ont déchiré leurs cartes et les ont jetés dans le couloir.
La police nous parle mal.
Un flic m’a dit quelque chose, je n’ai pas, bien entendu, mais j’ai compris que c’était insultant. Je lui ai dit de répéter. Il est parti.
Les rasoirs qu’ils nous donnent, je ne sais pas ce qu’ils ont. Parfois, je me demande s’ils n’ont pas déjà servi. Tous les gens qui s’en servent ont des boutons. Hier soir, un nouveau retenu est arrivé, les flics ne lui ont pas donné de chambre, ils lui ont dit : « trouve-toi une chambre ». Ils font cela quand il n’y plus de place dans le centre.
Les refus de comptage, je dirais que c’est presque tous les jours. Parfois, on refuse un peu. Parfois, on refuse beaucoup.
Ils vérifient avec nos cartes que nous sommes tous bien présents.

Mardi 5 février
Cra 2

Il n’y a toujours pas de chauffage. Le soir, il fait froid dans les chambres.
Ça fait 11 jours que je suis ici.
C’est la première fois que je rentre dans un centre de rétention
C’est une prison, ça rend les gens dépressifs.
Moi, je ne m’alimente pas depuis 11 jours.

Hier soir, les flics ont éteint la télé. Un jeune a demandé aux flics de la rallumer.
La policière lui a répondu : « Va te faire enculer ! »
Il lui a sauté dessus. Ils se sont battus.
Ils l’ont placé en isolement.
On a manifesté pendant 20 minutes pour qu’il en sorte.
Ils l’ont sorti de l’isolement.
Aujourd’hui, il a été libéré.

Aujourd’hui, il y a eu 3 expulsions et 5 libérations.
Ils écrivent sur un tableau les noms des gens qui vont se faire expulser.
On connaît les libérations parce qu’ils appellent au haut-parleur les gens qui vont être libérés.
Ils m’ont retiré mon portable parce qu’il y avait une caméra.
On n’a pas le droit d’avoir de stylos ni de papier.
***
Je suis passé hier devant le Juge des Libertés et de la Détention.
On était sept. C’était décidé d’avance.
On a tous pris 15 jours de plus.

Un jeune a été mis en isolement
Il vient d’avoir 18 ans, il est arrivé en France à l’âge de six ans.
Il a fait sa scolarité en France. Il est diplômé.
Je me suis bougé pour qu’il sorte. Je l’ai mis en contact avec un journaliste qui est venu le voir. La Cimade a finalement téléphoné à la préfecture. Il a été libéré.

On est isolé.
Il y a eu 3 expulsions d’algériens et personne n’a bougé.
En principe, quand il y a des expulsions, l empêche le comptage...

Cra 1

Dimanche, on a refusé de manger le midi et le soir. _ La nourriture était périmée.
On a décidé d’écrire une lettre au commandant.
Pendant qu’on l’écrivait un policier est passé dans le couloir pour demander ce qu’on faisait. Il a ajouté que c’était n’importe quoi.
Quelqu’un lui a répondu « ta gueule ! »
Il est parti et il est revenu avec 5 collègues.
Ils ont voulu le prendre récupérer la lettre.
On a refusé. On a dit qu’il n’avait rien fait qu’il ne faisait qu’écrire une lettre.
On a manifesté pour qu’il laisse le monsieur.
Alors, une quarantaine de policiers du centre ont débarqué et nous ont frappé.
Un monsieur a le doigt cassé. Il a un certificat médical.
Il a porté plainte contre le policier avec la Cimade.
Ce soir on a une réunion tous ensemble.
***
On a voulu écrire une lettre au commandant.
À ce moment-là, un monsieur égyptien est venu me voir pour me demander s’il pouvait dormir avec des gens qui parlent la même langue que lui.
Le policier était pressé de le ramener dans sa chambre.
J’ai répondu au policier de nous laisser nous entraider et de se taire.
Cinq autres policiers sont revenus pour m’enmener.
Les autres retenus s’y sont opposés.
Ils sont alors revenus à vingt pour m’emmener.
Les autres retenus s’y sont opposés. Ils ont cassé le doigt à un monsieur et ils ont gardé deux personnes.
Pendant tout ce temps, on s’est mobilisé pour qu’ils les libèrent.
Ils ont finalement été relâchés.

Toute à l’heure, le commandant m’a reçu dans le couloir.
Je lui ai parlé de nos préoccupations.
Ils nous ramènent des jeunes policiers qui nous insultent.
Nous avons des problèmes pour accéder aux soins.
Des personnes sont expulsées sans être averti à l’avance.
Ils viennent les chercher tôt le matin pour les emmener.
Les gens du guichet ne nous respectent pas. Quand nous avons besoin de leur demander quelque chose, ils ne nous répondent pas. Ils restent à parler au téléphone.
La nourriture est périmée.
Les briquets sont interdits. Si nous voulons fumer, il faut demander du feu aux policiers qui disent ne pas en avoir.

Les policiers se moquent de nous. Ils nous disent qu’ici on est nourri et logé et nous demande ce que l’on veut de plus. Ils nous manquent de respect. Parmis les policiers certains sont racistes. Ils disent qu’ils sont chez eux et pas nous.

Ils veulent créer des problèmes entre les ethnies.
Lorsqu’on refuse de manger, ils nous disent de laisser manger les Chinois, de laisser manger les Congolais. Mais nous sommes tous d’accord pour ne pas manger et personne n’est forcé.
Nous, on veut notre liberté.
On n’est pas venu en France pour aller en Prison.
On a dit au commandant qu’aujourd’hui nous attendions des réponses à notre lettre.

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