VOS PAPIERS !

Prenez 2 dangereux sans-papiers visiblement chinois, Mr et Mme R. bien connus du comité RESF Bolivar (19ème) . Mr R., arrêté le 23/01/2008, a été relâché suite à une mobilisation locale le 24/01/2008 avec une APRF. Comme cette famille est en France depuis plus de 10 ans, le comité RESF attendait avec impatience le 25/01/2009 pour déposer un dossier de demande de régularisation. La police a été plus rapide ! Contrôle d’identité pour Mr et Mme le 25/01 au soir, garde-à-vue et APRF pour tout le monde…La Préfecture de Police vient-elle d’inventer l’APRF à perpétuité, renouvelable tous les ans ?

Que Mr et Mme R. soient régularisables, que cette nouvelle et inutile APRF compliquent encore leurs démarches, que leurs 2 enfants de 11 et 5 ans soient restés seuls livrés à eux-mêmes une journée, quelle importance quand il s’agit de faire du chiffre et de gonfler les statistiques…

Les arrestations de sans-papiers dans l’Est parisien sont quotidiennes. Fini les déploiements de grandes unités de CRS ou de gendarmes mobiles comme avant et après les élections présidentielles autour de Belleville. La rafle à grand spectacle n’est plus (provisoirement) à l’ordre du jour. Il faut dire que, à plusieurs reprises, la population, indignée par les contrôles au faciès, dans la rue ou dans les boutiques, révoltée par les brutalités policières, s’est opposée spontanément aux arrestations et aux contrôles . On a même vu une compagnie entière de CRS rue de Belleville cernée par la foule (le 20/06/07) avoir le plus grand mal à se dégager (le baron Haussmann n’a pas eu le temps d’élargir la rue…) avec sa prise du jour : une dangereuse sans-papier chinoise de 25 ans qui devait se marier 15 jours plus tard…2 ans après, le mariage a eu lieu en Chine, le mari est français mais la mariée attend toujours son visa... Maintenant qu’Hortefeux s’occupe des familles (entre autres), il va pouvoir faire quelque chose…

Plus de rafle à grand spectacle mais une multitude de contrôles d’identité effectués par de petites équipes mobiles, le matin et le soir, à proximité des stations de métro et des gares à Paris et en banlieue. Publics visés, en priorité : les chinois et les noirs. Cela s’appelle des contrôles au faciès, c’est interdit par la loi…mais quand on est la Préfecture de Police, on se considère un peu comme au-dessus de tout cela ! Les droits de l’homme, d’accord, mais à Lhassa ou à Téhéran !

ARRESTATIONS A LA CHAINE

Impossible de dénombrer, ne serait-ce que depuis l’été 2008, le nombre d’arrestations de parents d’élève sans-papiers arrivées aux oreilles de RESF, le réseau étant présent dans presque toutes les écoles et établissements scolaires de l’Est parisien.

Quelques exemples récents du zèle policier. La famille L., depuis une dizaine d’années en France, reçoit une convocation à la Préfecture. Mr et Mme, qui ne lisent pas bien le français, s’y présentent à 16H00 le 06/08, en toute confiance. A 19H00, ils étaient à l’aéroport, au pied de l’avion… Seule l’intervention courageuse d’un d’anonyme qui leur a conseillé de refuser d’embarquer les a sauvés de l’expulsion…

Dans un seul collège du 19ème (Delaunay), il y a eu 4 arrestations de parents sans-papiers depuis la rentrée…A chaque arrestation, les enseignants et les parents d’élève se sont mobilisés pour éviter qu’une famille ne soit détruite, le père ou la mère expulsée : fax et mails à la Préfecture de l’équipe enseignante, pétitions avec des centaines de signature, rassemblements, présence au tribunal administratif… 4 arrestations et 4 libérations : solidarité, j’écris ton nom, aurait dit Paul Eluard.

Depuis le 23 janvier, Mr C. est au CRA de Vincennes. Avec lui, la Préfecture a innové : la mère est en Chine, les 2 enfants, scolarisés en collège, ont donc été abandonnés à eux-mêmes depuis cette date… Fabriquer des orphelins serait-il une nouvelle mission de la police ? Nous ne le pensons pas !

Plusieurs rassemblements ont eu lieu devant le collège Chappe et devant la mairie du 19ème : pour l’instant, la Préfecture de Police est intraitable. La mobilisation continue…Pour Mr C. et pour tous les sans-papiers victimes de la course aux chiffres.