Jusqu’au 12 octobre où des milliers de sans-papiers ont grévé en région parisienne et occupé plus d’une trentaine de sites. Fort de l’expérience de 2008, des 2 vagues et ½ de grèves (15/04, 20/05 et l’été/automne), la CGT mais aussi Solidaires avec le soutien de 3 autres syndicats (CFDT, UNSA et FSU) et de 6 associations et mouvements (dont RESF et Droits Devant) veulent imposer au gouvernement une circulaire qui définisse des critères simplifiés, clairs et nationaux de régularisation par le travail.

En effet, suite aux quelques milliers de régularisations obtenues en 2008, syndicats et associations ont constaté que :

-ces derniers mois, les préfectures revenaient sur les critères définis au printemps 2008, plaçant chaque jour la barre un peu plus haut…

-d’une préfecture à l’autre, d’une entreprise à l’autre, les critères appliqués et les exigences formulées varient énormément

Dans le 19ème, 2 sites sont en grève et occupés : TFN (entreprise de nettoyage) et le chantier du futur tramway Porte des Lilas.

LA GREVE CHEZ TFN :

Le 09 septembre 2008, le mouvement lancé par le CNT et la CGT avec le soutien de Solidaires et du Comité de Soutien du 19ème aux grèves de sans-papiers avait duré la journée, le temps pour la direction de s’engager à réintégrer les salariés sans-papiers licenciés et à déposer les dossiers de régularisation…



Le 12 octobre, une vingtaine de salariés sans-papiers avec la CGT (la CNT n’ayant pas été associée au départ) ont occupé les bureaux de TFN Paris et lancé leur grève. Les revendications :

-le dépôt d’une vingtaine de dossiers de régularisation par l’entreprise
-une circulaire gouvernementale (revendication commune à tous les sites)
-le règlement d’arriérés de salaires …

Le 14 octobre, TFN a cru pouvoir régler le conflit à coup de bottes. Des vigiles de Lancry (filiale de TFN) ont expulsé manu militari les grévistes et les militants CGT dans la soirée à grand renfort de chiens policiers et de gaz lacrymogène. 2 grévistes, commotionnés, ont été hospitalisés…

Après le bâton, le retour de bâton : TFN a compris un peu tard sa faute. Un rassemblement a eu lieu devant l’entreprise le 15 au matin pour dénoncer ces méthodes. Sur place, les grévistes sont toujours soumis aux pressions et provocations des vigiles mais il n’y a pas eu d’autre agression. Même si les négociations avancent à la vitesse d’une tortue peu pressée, les grévistes ne lâcheront rien !

PORTE DES LILAS : LE CHANTIER DU TRAM A L’ARRET


A la sortie du métro, le chantier du futur tram est bloqué depuis une semaine. 2 entreprises de BTP conduisent le chantier, La Suburbaine et Sapelec. Sur place une vingtaine d’intérimaires envoyés par l’agence d’intérim SELPRO travaillent, tous sans-papiers et maliens…Certains, via SELPRO, travaillent depuis des années pour La Suburbaine. En théorie, au-delà de 18 mois pour une entreprise et/ou de 2 contrats de mission, un salarié doit être embauché en CDI…Mais tout ceci est vraiment très théorique dans le BTP parisien… Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est la décision de SELPRO de se débarrasser de ses sans-papiers après avoir « découvert » leur situation. Les salariés concernés ont contacté Solidaires qui a initié la grève.

La vingtaine de grévistes du 12 octobre est devenue une trentaine, avec l’arrivée de nouveaux intérimaires sans-papiers de SELPRO… Les grévistes occupent jour et nuit le chantier. Ils se sont opposés à une tentative d’expulsion (ou d’intimidation) par la police le 14/10 au matin et à toute reprise, même partielle, des travaux. La Suburbaine voulait creuser une nouvelle tranchée : les grévistes ont fait un sitting sur son emplacement…

Chaque nuit, une équipe de 10 grévistes dort sur place : syndicats, partis et organisations de gauche (PCF,PG, NPA et AL), associations et habitants du quartier se sont démenés pour organiser la solidarité. Les uns et les autres ont apportés tentes, sacs de couchage, couvertures et matelas.


Les commerçants et le voisinage donnent tous les jours de la nourriture ainsi que des palettes (2 feux de bois réchauffent les grévistes !). Le mouvement est populaire et les manifestations de sympathie permanentes.

ET MAINTENANT ?

Le mouvement va durer. Et d’abord s’étendre : chaque jour de nouveaux sites partent en grève, des sans-papiers rejoignent les points de regroupement destinés aux isolés…Un bras de fer est engagé, une bataille en cours.

La victoire sera au rendez-vous si la détermination des grévistes rencontre le soutien du plus grand nombre. ..dans l’intérêt de tous !